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L'enfant de la sourate 18 : un meurtre, ou une alimentation ?

Dans la sourate 18, le serviteur s'en prend à un enfant, et l'on traduit : « il le tua ». Depuis toujours, on justifie ce meurtre. Je ne vais pas le justifier : je vais montrer, par les mots de la sourate elle-même, qu'il n'y en a pas.

· Guide · lecture ~6 min · démonstration issue du livre Étymologie Coranique

Ce que le verbe porte

فَٱنطَلَقَا حَتَّىٰٓ إِذَا لَقِيَا غُلَٰمًا فَقَتَلَهُۥ قَالَ أَقَتَلْتَ نَفْسًا زَكِيَّةًۢ بِغَيْرِ نَفْسٍ
Ils repartirent, jusqu'à rencontrer un garçon, et il le qatala. Il dit : as-tu qatala une âme zakiyya ?
18:74
lettres 1 + 2
قت
Implémenter
L'unité de l'alimentation (أقوات, مقيت).
lettres 2 + 3
تل
Minutie
noyau
قل
Intention

Lecture composée : alimenter avec minutie, selon l'intention. Mais un fil qui ne tient que sur un mot ne tient sur rien. Je vais donc chercher si la sourate elle-même parle d'alimentation. Elle en parle quatre fois, dans le même passage.

Le récit s'ouvre sur un repas

قَالَ لِفَتَىٰهُ ءَاتِنَا غَدَآءَنَا
Il dit à son garçon : apporte-nous notre repas.
18:62
ٱسْتَطْعَمَآ أَهْلَهَا فَأَبَوْا۟ أَن يُضَيِّفُوهُمَا
Ils demandèrent à manger à ses habitants, et ils refusèrent de les héberger.
18:77

Le verbe du refus est أبى. Et le dictionnaire donne pour cette racine, en premier : nourrir, alimenter, élever, être père. Refuser, ici, c'est ne pas nourrir.

Le mot que la sourate a préparé

versetle textece qu'il qualifie
18:19فَلْيَنظُرْ أَيُّهَآ أَزْكَىٰ طَعَامًاde la nourriture
18:74نَفْسًا زَكِيَّةًl'enfant
18:81خَيْرًا مِّنْهُ زَكَوٰةًce qui leur revient

La sourate emploie زكي pour de la nourriture cinquante-cinq versets avant de l'employer pour l'enfant. زكو porte زك Évolution, et son noyau زو Munir : on ne purifie pas un être, on le pourvoit.

Les deux nourriciers

وَأَمَّا ٱلْغُلَٰمُ فَكَانَ أَبَوَاهُ مُؤْمِنَيْنِ فَخَشِينَآ أَن يُرْهِقَهُمَا طُغْيَٰنًا وَكُفْرًا
Quant au garçon, ses deux nourriciers étaient croyants, et nous craignîmes qu'il ne leur impose le dépassement et la kufr.
18:80

أَبَوَاهُ porte la racine qui signifie d'abord nourrir : ce sont ses deux nourriciers. Et كفر porte كف Autosuffisance et فر Abondance : se croire suffisant dans l'abondance. Celui qui se croit rassasié ne mange plus. Alimenté de vérité, l'enfant n'impose plus à ses nourriciers de se croire suffisants.

versetmotle refus
18:77فَأَبَوْا۟ils refusent de nourrir
18:80وَكُفْرًاil leur aurait imposé de se croire nourris
Le sens révélé. Le récit s'ouvre sur un repas, passe par une ville qui refuse de nourrir, qualifie l'enfant du mot de la nourriture, et nomme ses parents par le mot qui dit nourrir. Il n'y a pas de meurtre : il y a une alimentation. Et ce qui leur revient est « meilleur en zakâ » (18:81) : mieux pourvu.
La vidéo. Coran, chapitre 56 : قَتَلَ, le verbe qu’on traduit par « tuer »

Vérifiez par vous-même. Décomposez les mots, ouvrez leurs unités, confrontez chaque verset au reste du texte. La méthode ne demande pas qu'on la croie : elle demande qu'on l'observe.

Décomposer un mot

Source. Cette démonstration est tirée du livre Étymologie Coranique — la méthode pour comprendre (AI-BED, disponible sur Amazon). Les notions associées aux unités de deux lettres relèvent de la méthode des racines bilatérales développée par l'auteur, et sont présentées comme sa lecture, offerte à l'étude et à la vérification.